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Mystère et plaisir de la forme,

par Hélène, auteur du blog « blablanantes »

 

Dernièrement j’ai pu voir au Fort Villès Martin, à St Nazaire, l’exposition de plusieurs artistes. J’y ai particulièrement apprécié le travail d’un artiste sculpteur sur bois, Frédéric Carnal, dont l’œuvre aérienne Ex…tension” semblait s’élancer, pleine de vitalité et de douceur, dans le ciel de l’estuaire.

Décidée à en voir plus, je me suis lancée à la recherche de cet artiste farouche afin de comprendre la genèse de son œuvre. Et un jour, Fréderic Carnal m’a ouvert les portes de son atelier. Ce sculpteur autodidacte, né en région parisienne en 1975, vit actuellement dans le Morbihan. Il m’explique son parcours.

 Au départ, il y avait la matière, le bois, devenu aujourd’hui son moyen d’expression privilégié. Il l’a apprivoisé, muni de quelques gouges émoussées et petit à petit le geste s’est délié. Puis vint l’envie de se perfectionner, de repousser ses limites et de pouvoir mieux exprimer ses émotions et ses idées. Il a alors suivi une formation de sculpteur ornemaniste dans le sud de la France puis des cours de dessin, modelage, sculpture, à l’Ecole Boulle. Il y a appris la matière et la technique puis s’en est détaché afin d’être plus libre dans sa création.

Le travail de Frédéric Carnal est avant tout une recherche de forme dans la nature elle-même. Il se nourrit de la matière brute avec qui un dialogue s’installe. Tout comme le bois qui a grandi et s’est adapté à son environnement, son travail se fond avec la matière. Il le dit lui-même : «Je me définis davantage comme un « chercheur de formes » et me sers volontiers des mouvements naturels de la matière lorsque ceux-ci me parlent. » N’importe quel bout de bois ne peut donc pas réussir à pénétrer son esprit et son atelier. Si une souche ou un cep de vigne ambitionne de passer à la postérité, il doit dégager une énergie, un mouvement, une légèreté propre à inspirer le sculpteur.

Les sources d’inspiration de Frédéric Carnal sont principalement la nature humaine, la condition de l’homme.

Devant ces corps tortueux, je ressens la difficulté qu’ils ont à se côtoyer mais aussi le plaisir du mélange et du mouvement. Ce sont des danseurs pris dans une folle énergie verticale. Dans  l’Hommier, les êtres s’élèvent, solidaires, ils sont si mêlés qu’on peut n’y voir qu’un seul et même corps tendu. Il s’élance dans un effort gracieux pour atteindre des horizons meilleurs. La condition humaine est envisagée dans sa verticalité, dans son rapport entre le ciel et la terre, dans la volonté d’une unité entre l’esprit et le corps. Les formes d’une grande douceur et le bois très travaillé, dompté inspirent l’harmonie (Entre Ciel et Terre et Ex..tension).

Mais que dire de Finesse écorchée, avec son trou à la place du cœur ? Des chaines, des clés et des serrures ? Des cadres et des câbles en métal qui retiennent Evasion Cérébrale ? Des êtres empêchés, retenus au sol, victimes d’eux même. A la douceur sont associées la dureté de la pierre et du métal. Bouches béantes, yeux vides, hommes aux visages fantomatiques, une impression de malaise s’installe. L’élancé devient tortueux, emmêlé. A l’instar de cette sculpture, Enchevêtrés, qui m’évoque des visions infernales.

A côté, d’autres sculptures plus légères. L’homme pressé ou Fantôme mélangent ainsi une vision enfantine drôle et mystérieuse sur le monde qui nous entoure. La nature n’est-elle pas propre à inspirer le merveilleux ? Le bois se raconte. Notre imagination s’emballe devant Le Combattant qui, un heaume sur le visage et une lance à la main, le corps déjà lacéré par des coups de griffes, s’élance avec bravoure vers une créature aussi effrayante que chimérique. L’exemple le plus flagrant est cette sculpture L’esprit des marais, c’est également celle qui m’a le plus parlée. Elle évoque la tranquillité des eaux des marais. Le monstre semble assoupi, paisible. Il est vieux, des années dans les marais l’ont façonné, il a été absorbé par la boue, on le confond maintenant avec de vieilles souches.  

Ecoutez ! Nous pouvons presque l’entendre respirer sourdement…Mais ne vous y trompez pas. Il est le grondement lointain du danger. Qu’elle est cette menace qui plane ? Il ne m ‘a pas répondu…

Son travail est donc le résultat d’un cheminement allant de l’esprit à la matière mais aussi de la matière à l’esprit. Il peut extraire d’une bille de bois une forme pensée et travaillée dans l’argile au préalable. Ainsi sont nées, Repli, Duo, Trio, dont les formes rondes et le travail du bois patiné m’évoquent la douceur et l’évolution du nid familial.

A  travers toutes ces sculptures, dans son atelier, l’univers tortueux parfois lumineux et aérien parfois étrange de Frédéric Carnal m’a été révélé. Le bois, cette matière riche en forme d’expression a encore beaucoup de secrets à livrer. Heureusement pour nous, certains ont reçu un don. Des artistes, à mi-chemin entre le monde physique et le monde spirituel, les entendent. Ils donnent vie à l’invisible, ils ravissent nos sens et notre esprit.

 

      

 

 

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